Né le 6 juillet 1886 dans une famille juive alsacienne ayant fait le choix de la France en 1870, Marc Bloch entre, comme son père avant lui, à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1904, puis est reçu à l'agrégation d'histoire et de géographie en 1908. Il est professeur au lycée d'Amiens lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, durant laquelle il combat au front. Après le conflit, il reprend sa thèse, consacrée aux serfs d'Île-de-France et à leur affranchissement par les Capétiens, et devient maître de conférences à l'université de Strasbourg en 1919. Professeur dans cette université entre 1921 et 1936, il publie en 1924 l'un de ses maîtres ouvrages, Les Rois thaumaturges. En 1929, il fonde avec Lucien Febvre la revue des Annales d'histoire économique et sociale, véritable tournant pour les sciences humaines et sociales. Il poursuit son étude de l'histoire rurale du Moyen Âge au travers des Caractères originaux de l'histoire rurale française (1931).
En 1937, il occupe la prestigieuse chaire d'histoire économique de la Sorbonne, poste qu'il perd avec l'arrivée du maréchal Pétain au pouvoir et la promulgation du statut des juifs (octobre 1940). Celui qui s'était engagé volontaire pour servir une nouvelle fois la France, en dépit de son âge (53 ans), de la maladie et d'une famille nombreuse (6 enfants), n'est réintégré dans ses fonctions qu'en janvier 1941, mais comme professeur sans chaire à l'université de Strasbourg, repliée à Clermont-Ferrand, puis à l'université de Montpellier. L'effondrement militaire du pays et le naufrage de la IIIe République lui inspirent L'Étrange défaite. En dépit de conditions de travail particulièrement difficiles, il écrit entre 1940 et 1943 son plaidoyer pour la méthode historique et le métier d'historien (Apologie pour l'histoire ou le métier d'historien), qui, comme L'Étrange défaite, paraît de manière posthume après la guerre. Entré dans la clandestinité et engagé dans la Résistance à partir de 1943, il est arrêté le 8 mars 1944 à Lyon, torturé et exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944.
Marc Bloch possède une bibliothèque composée d'ouvrages littéraires et de publications savantes (monographies, périodiques, tirés à part). Certains livres relèvent du patrimoine familial, comme en témoignent les dédicaces adressées à son père Gustave Bloch (1848-1923), professeur d'histoire romaine à l'École normale supérieure puis à la Sorbonne. Un ouvrage est également adressé à son épouse Simonne Vidal (1894-1944), indiquant qu'il n'y a pas de séparation stricte entre les bibliothèques des membres de la famille.
À Monsieur G. Bloch, maître de conférences à l'École normale supérieure. Hommage cordial.
À Monsieur G. Bloch, Professeur à la Faculté des lettres de l'Université de Paris. Hommage du père d'un ancien élève de cette Faculté.
À Madame Marc Bloch, en hommage respectueux.
Cette bibliothèque n'est pas celle d'un bibliophile, mais d'un historien qui l'utilise au quotidien comme outil de travail. Ses livres nourrissent ses fiches de lecture (rédigées et classées par sa femme Simonne), ainsi que son importante activité de comptes rendus et de notes critiques, conçus comme un support pour "répéter inlassablement la conception qu'il se faisait de la recherche et du travail historiques" (Mélanges historiques, vol. 2, 1963, p. 1031).
Marc Bloch acquiert sans doute ses livres par achat, mais les envois dédicacés se comptent par centaines, dans plusieurs langues. Ils témoignent de la reconnaissance de ses étudiants, de l'écho de ses comptes rendus, et plus largement de la place du co-directeur des Annales dans les milieux savants de l'entre-deux-guerres. Bien que Marc Bloch ait publié peu de monographies, elles marquent ses contemporains et sont parfois citées dans les dédicaces. On y lit aussi des mots amicaux, parfois teintés d'humour.
Amicalement, mais sans orgueil excessif.
À Monsieur Marc Bloch, hommage de vive sympathie.
À Marc Bloch, modeste hommage d'un petit bouquin qui ne lui apprendra rien, mais lui apportera un souvenir amical .
Hommage d'un vieil alsacien.
Marc Bloch reçoit enfin de nombreux livres avec demande de compte rendu (revues, éditeurs, institutions françaises et étrangères), comme l'attestent plusieurs mentions et tampons conservés sur les exemplaires.
La bibliothèque, située dans l'appartement de Marc Bloch au 17, rue de Sèvres à Paris VIe, est saisie lors de la spoliation de la famille Bloch par les Allemands en 1942. Plusieurs fragments sont retrouvés en Allemagne et en Autriche, puis restitués à ses enfants de 1948 à 1950. Un livre acquis en 1913 (Georges Durand, Description abrégée de la cathédrale d'Amiens, 1904), acheté par la Bibliothèque des musées nationaux aux Domaines en 1951 puis intégré aux collections de l'INHA, est restitué à la famille Bloch en février 2026, qui en fait don le mois suivant au Laboratoire de Médiévistique occidentale de Paris.
La bibliothèque est transférée en plusieurs lots à des institutions universitaires par les héritiers de Marc Bloch. L'École normale supérieure a ainsi identifié 176 unités ayant appartenu à Marc Bloch dans ses fonds, sans pouvoir déterminer la date de leur acquisition.
L'un des enfants de Marc Bloch, Jean-Paul, vend un lot de 711 ouvrages à l'Université de Paris en 1963, dont 34 volumes contenant 487 tirés à part que son père avait fait relier. La majorité (689 unités) est versée à la Bibliothèque Halphen, spécialisée en histoire médiévale, les 22 derniers livres intégrant les fonds de la Bibliothèque Lavisse, fréquentée par les étudiants préparant les concours de l'agrégation. Un ouvrage catalogué à la Bibliothèque Halphen, L'agriculture et les classes paysannes de Paul Raveau (1926), est transféré à la Bibliothèque du Centre de recherche d'histoire Moderne (CRHM) à une date inconnue; cette bibliothèque conserve également l'Essai sur la situation économique et l'état social en Poitou au XVIe siècle du même auteur, acquis là encore à une date inconnue, et sans indication de provenance. De même, l'UMR Institutions et dynamiques historiques de l'économie et de la société (IDHES), héritière de l'Institut d'histoire économique de la Sorbonne, conserve un ouvrage (Yves Bras, Études sur le développement économique de l'arrondissement de Saint-Flour, 1931) et un tiré à part (Robert Dauvergne, Habitation et mobilier des tisserands beaucerons au XVIIIe siècle à Saint-Luperce, 1938).
Un autre des enfants de Marc Bloch, Étienne, fait don de 474 ouvrages à la Bibliothèque Halphen, qui les catalogue en 2008. Un nouveau don de 98 ouvrages est fait en 2025 par la famille Bloch à la Bibliothèque Halphen.
L'École normale supérieure et l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne conservent plus de 1500 livres, périodiques et tirés à part de la bibliothèque de Marc Bloch. Ils concernent principalement l'histoire rurale, économique et sociale, tout en couvrant également l'histoire politique et religieuse. On y trouve par ailleurs des ouvrages sur l'historiographie et la méthodologie historique. Le fonds couvre principalement l'Europe occidentale et l'Europe du Nord, de l'époque médiévale aux débuts des temps modernes, offrant ainsi un précieux panorama des recherches historiques de Marc Bloch.
Le site « Reconstruire la bibliothèque de Marc Bloch » repose sur deux bases de données, dont l'une est consacrée à la bibliothèque et l'autre aux comptes rendus écrits par Marc Bloch.
La base des comptes rendus et notes de lecture est établie à partir de la bibliographie des Mélanges historiques (vol. 2, 1963, p. 1032-1103). Elle possède deux objectifs: donner le lien des textes disponibles sur les bibliothèques numériques et les relier aux ouvrages de la base de la bibliothèque.
La base de données de la bibliothèque est la troisième version d'un projet commencé au milieu des années 2000 au Laboratoire de Médiévistique occidentale de Paris. La première base, réalisée par Dominique Bernardon et Stéphane Raux, comptait une sélection des ouvrages acquis en 1963 et la totalité de ceux donnés en 2008; la deuxième apportait une description matérielle de ces ouvrages grâce au travail de Klementyna Glinska. En 2025, cette base est totalement refondue dans l'objectif principal de faciliter sa manipulation et d'y intégrer des données nouvelles issues des listes de restitution et des registres d'acquisition des bibliothèques.
Les listes de restitution à la famille Bloch des ouvrages retrouvés en Allemagne et en Autriche (1948-1950) permettent d'établir leur itinéraire, mais aussi de référencer ceux qui ne sont pas en possession de l'Université. L'exploitation de ces listes conduit ainsi à préciser le contenu de la bibliothèque de Marc Bloch, tout en appelant à la prudence. Certains ouvrages ont ainsi pu être attribués de manière erronée. Du reste, certaines entrées sont vagues et donnent le titre général d'une publication sans précision sur le volume concerné (La Comédie humaine, À la recherche du temps perdu); d'autres signalent la présence d'un ouvrage, sans plus d'information (ainsi les mentions "I livre allemand" des fiches 6260 et 6354).
Les registres d'acquisition des Bibliothèques Halphen et Lavisse permettent quant à eux d'établir la liste des volumes acquis par la Sorbonne auprès de Jean-Paul Bloch. Ces listes sont plus fiables, mais posent également des problèmes méthodologiques. D'une part, les registres n'ont pas pour but de donner des références bibliographiques complètes, mais de référencer l'entrée d'un volume avec la cote qui lui est attribuée. Les titres indiqués ne sont pas toujours complets, souvent abrégés et parfois illisibles. D'autre part, le registre de la Bibliothèque Halphen fait état d'une dispersion du fonds: 55 ouvrages sont donnés, parfois à une institution clairement identifiée (Centre de recherche d'histoire Moderne, Bibliothèque de Nanterre, Bibliothèque de la Sorbonne), parfois sans autre précision. La date de ces dons n'est pas indiquée.
Des vérifications ont pu être menées pour l'ouvrage du Centre de recherche d'histoire Moderne (il s'y trouve toujours) et de l'actuelle Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne (il ne s'y trouve plus), mais pas pour la Bibliothèque de Nanterre (le fichier du Sudoc signale que plusieurs s'y trouvent toujours).
Le site « Reconstruire la bibliothèque de Marc Bloch » met ainsi à disposition des notices présentant des niveaux d'information variables. Certains ouvrages sont aujourd'hui conservés dans des bibliothèques universitaires. D'autres y ont figuré par le passé, mais ne s'y trouvent plus actuellement. D'autres, enfin, n'ont jamais intégré les collections universitaires. Ces derniers doivent être considérés avec prudence: leur appartenance effective à la bibliothèque de Marc Bloch demeure incertaine et mérite d'être interrogée. Dans ce cas, il est en outre impossible d'en proposer une description matérielle.
La première version de la base recensait 36 ouvrages publiés entre 1945 et 1973, très probablement donnés par Étienne Bloch. Ils n'ont pas été retenus dans la base actuelle, Marc Bloch étant décédé en 1944. Cette exclusion peut toutefois être discutée pour trois titres parus en 1945-1946 : est-il possible que leurs auteurs les aient envoyés au domicile familial sans avoir connaissance de la mort de Marc Bloch ? Il s'agit de L'Alsace française de Louis XIV à nos jours de Gaston Zeller (1945), de La France de Louis XIV de Pierre Gaxotte (1946) et de la Géographie de la circulation sur les continents de Robert Capot-Rey (1946).
Les listes de restitution et les registres d'acquisition ne mentionnent pas les dates de parution des ouvrages. Or celles-ci ne sont pas toujours simples à déterminer, notamment lorsqu'un titre a fait l'objet de plusieurs rééditions. Lorsque cette situation se présente, la date indiquée correspond à celle de la première parution.
Le lot acquis en 1963 par la Sorbonne comprenait des volumes de tirés à part que Marc Bloch avait fait relier (34 vol. catalogués sur 36 présents). Les reliures portent les intitulés suivants : Mélanges historiques (cotés M1, 12 vol.), Mélanges d'histoire économique (M2, 3 vol.), Mélanges d'histoire juridique et sociale (M3, 5 vol.), Mélanges d'histoire urbaine (M4, 2 vol), Mélanges d'histoire rurale (M5, 9 vol.), Mélanges d'histoire germanique (M6, 1 vol.) puis d'Allemagne (M6, 3 vol.), Mélanges d'histoire d'Espagne (M7, 1 vol.). Les séries sont numérotées mais demeurent incomplètes : les numéros 1 à 9, ainsi que 16 et 19 des Mélanges historiques sont présents, tandis que les numéros 10 à 15 manquent. Ces volumes ne sont pas comptabilisés comme tels dans la base. En revanche, ce sont les 487 tirés à part qu'ils contiennent qui ont été intégrés.
Le nombre total d'entrées de la base ne correspond donc pas à un nombre d'unités matérielles. D'une part, la base signale des ouvrages qui ne sont pas en possession des universités, mais qui sont cités dans des listes de restitution ou des registres d'acquisition; d'autre part, elle inclut les 487 tirés à part reliés par Marc Bloch au sein de 36 volumes de Mélanges historiques.
La base de données « Reconstruire la bibliothèque de Marc Bloch » s'inscrit dans les recherches qui englobent l'œuvre et la vie de Marc Bloch, la politique du régime de Vichy, les spoliations pendant la Seconde Guerre Mondiale et la restitution des biens saisis lors des spoliations. En voici une bibliographie sélective:
Bloch (Marc) et Febvre (Lucien), Correspondance, III, 1938-1943, Bertrand Müller (éd.), Paris, Fayard, 2003.
Bloch (Marc), Mélanges Historiques, Paris, 1963.
Cœuré (Sophie), La mémoire spoliée. Les Archives des Français, butin de guerre nazi puis soviétique, Paris, Payot, 2007.
Feller (Laurent), "Fragments de la bibliothèque d'un savant. Le fonds Marc Bloch de la bibliothèque Halphen", Annales. Histoire, Sciences Sociales, 81, 3, 2026, sous presse.
Fink (Carole), Marc Bloch. Une vie au service de l'histoire [trad. de Marc Bloch. A life in history, Cambridge University Press, 1989] Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1997.
Marc Bloch. L'histoire en résistance, Florian Mazel et Yann Potin (dir.), Paris, Le Seuil, 2026.
Mores (Francesco), "Letture italiane di Marc Bloch", Quaderni Storici, 43, 127, 2008 p. 267-282.
Müller (Bertrand), Lucien Febvre, lecteur et critique, Paris, Albin Michel, 2003.
Où sont les bibliothèques spoliées par les nazis ?, Martine Poulain (dir.), Lyon, Presses de l'ENSSIB, 2019.
Poncet (Olivier), "Deux historiens en guerre. La correspondance Marc Bloch-Jérôme Carcopino (1941-1942)", Annales. Histoire, Sciences Sociales, 81, 3, 2026, sous presse.
Poulain (Martine), Livres pillés, lectures surveillées. Les bibliothèques françaises sous l'occupation, Paris, Gallimard, 2015.
Sereno (Stefano), "Les documents spoliés conservés à la bibliothèque de l'INHA", Paris, 2020 [en ligne].
Touati (François-Olivier), Marc Bloch et l'Angleterre, Paris, La boutique de l'histoire, 2007.
Toubert (Pierre), préface à la réédition de Marc Bloch, Les caractères originaux des campagnes françaises [Oslo, 1931], rééd. Paris, Armand Colin, 1988 [retirage 1999].
Le travail sur la base de données est toujours en cours. Pour toute remarque, suggestion ou demande d'informations complémentaires, vous pouvez contacter l'équipe scientifique et technique à cette adresse: reconstruire-bibliotheque-bloch [@] services [.] cnrs [.] fr
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Citer le projet. Reconstruire la bibliothèque de Marc Bloch, Laboratoire de Médiévistique occidentale de Paris (UMR 8589), 2026. Lien: https://bibliotheque-marc-bloch.lamop.fr/ doi: 10.34847/nkl.ac6emj63.
Année Marc Bloch. Le projet de recherche « Reconstruire la bibliothèque de Marc Bloch » est mené dans le cadre des évènements scientifiques organisés par l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne pour l'entrée au Panthéon de Marc Bloch, et accompagne l'exposition « Marc Bloch et ses livres » de la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne (BIS), dont le commissariat est assuré par Catherine Breux-Delmas, Louis Delespierre, Marion Duplaix, Laurent Feller, Jean-Damien Généro, André Loez, Fanny Madeline et Willy Morice.
Historique. Un précédent projet de base de données du fonds Marc Bloch de la Bibliothèque Halphen avait été mené au Laboratoire de Médiévistique occidentale de Paris, avec la participation de Dominique Bernardon, Pierre Brochard, Klementyna Glinska, Willy Morice et Stéphane Raux.
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